Lettre financière, printemps 2024, 67e édition

L’heure de vérité dans la lutte contre l’inflation

Alors que l’inflation canadienne est de retour dans la fourchette ciblée par la Banque du Canada (BdC), la victoire semble moins assurée chez nos voisins du Sud. Les prochaines séquences de données seront donc décisives! Soit l’inflation revient à la cible et la Réserve fédérale américaine (Fed) pourra commencer à relâcher la pression, ou alors elle persiste à un niveau inconfortable, forçant la Fed à maintenir la pression plus fort, plus longtemps et engendrant potentiellement des conséquences économiques plus importantes.

Une économie résiliente combinée au message conciliant de la Fed a donné aux investisseurs la confiance nécessaire pour pousser encore plus loin l’idée d’un scénario « sans atterrissage » de l’économie. Celui-ci semble désormais le dénouement consensuel des investisseurs. Ce point de vue a été renforcé par le fait que les banquiers centraux américains continuent de prévoir quelques baisses de taux cette année, malgré les révisions à la hausse des prévisions du PIB réel par le consensus et la Fed. Voyons voir ce qu’elle pourra livrer!

Malgré un climat géopolitique tendu qui a accru la volatilité des cours boursiers et des prix des matières premières, notamment du pétrole, l’économie mondiale présente des signes d’amélioration. Le PIB réel chinois a connu une bonne croissance trimestrielle au début de 2024. En Europe, les indices PMI, entre autres du côté des services, offrent aussi de meilleures perspectives (mais pas encore de signes de croissance très forte), après plusieurs trimestres de stagnation.

Indices

Niveau

3 mois

6 mois

1 an

S&P/TSX

22 167,03

6,62 %

15,27 %

14,03 %

S&P 500 ($ US)

5 254,35

10,55 %

23,47 %

29.86%

MSCI Pays émergents ($ US)

1 043,20

2,13 %

10,22 %

8,21 %

MSCI Monde ($ US)

3 437,76

8,98 %

21,55 %

25,69 %

Taux de change $ CAN/$ US

0,74 $

0,76 $

0,74 $

-0,18 %

FTSE/TMX INDICE COURT TERME

772,26

0,33 %

4,45 %

3,48 %

FTSE/TMX INDICE MOY. TERME

1 216,91

-1,12 %

7,05 %

1,05 %

Pétrole ($ US)

83,17 $

71,65 $

90,79 $

9,91 %

Or ($ US)

2 229,87 $

2 062,98 $

1 848,63 $

13,23 %

Répartitions d’actifs

Investir dans un contexte de décélération économique s’accompagne d’une certaine dose de prudence : on maintient une position marginalement prudente à court terme afin d’être en mesure de saisir les occasions lorsqu’elles se présenteront.

Nous recommandons une position neutre pour toutes nos classes d’actifs (encaisse, actions et obligations).

Actions | Pondération neutre

Le défi des valorisations

L’évaluation agrégée du MSCI Monde se trouvait au 95e centile de sa distribution historique au 31 mars. Il s’agit de l’évaluation la plus élevée depuis 2021. Cette mesure était également bien au-dessus de sa moyenne des dix dernières années (74e centile).

Les aubaines se font de plus en plus rares à travers les régions. L’Europe et le Canada ont vu leur évaluation monter de plusieurs centiles depuis la fin de 2023; elles se situaient respectivement aux 69e et 70e centiles au 31 mars.

Le marché boursier américain a continué de se démarquer avec une évaluation agrégée dans le décile le plus élevé de sa distribution historique.

Malgré des perspectives macroéconomiques plus favorables, les prévisions de bénéfices des entreprises pour les deux prochaines années sont restées relativement inchangées. Cela crée un risque de baisse pour les marchés boursiers, alors que la progression des bourses a devancé l’optimisme des analystes. Si les révisions à la hausse des prévisions de croissance des bénéfices ne se concrétisent pas, il est peu probable que l’optimisme des analystes suive.

Constatant la résilience récente de l’économie américaine, la majorité des économistes et des investisseurs estiment maintenant qu’une récession sera évitée. Le contraste entre le confort du consensus et ces probabilités est frappant. Il y a 12 mois, on observait le contraire. Les indicateurs demeuraient plutôt rassurants alors que le consensus était pessimiste. La presse financière parlait même de « la récession la plus anticipée de l’histoire »!

Plusieurs facteurs nuancent les choix sectoriels : une cadence économique américaine en décélération, une économie canadienne qui continue de tourner sous son potentiel, l’amorce imminente d’un cycle de diminution des taux d’intérêt et des perspectives inflationnistes inégales selon les zones économiques.

Nous recommandons de concentrer les efforts dans les secteurs et les actions dont la croissance des bénéfices est nettement supérieure à celle du marché et qui performent dans un contexte d’essor modéré de l’économie, de taux d’intérêt élevés et d’inflation persistante. Nous privilégions particulièrement les secteurs industriel et technologique, qui sont généralement moins sensibles à un ralentissement de la consommation que d’autres secteurs.

Dans l’attente de baisses de taux qui, nous l’estimons, se concrétiseront au second semestre de 2024, les titres de dividendes élevés (Boralex, Northland Power, Rogers) sont recommandés.

Titres à revenu fixe | Pondération neutre

Avec une inflation qui devrait maintenir sa tendance baissière, des économies qui ralentissent voire qui basculent en récession pour certaines, l’occasion d’ajouter aux obligations est toujours de mise, car elles sont le refuge de prédilection en cas de récession. Notre durée moyenne est de 4,25 ans ce qui nous permet d’obtenir un rendement intéressant tout en contrôlant la volatilité à court terme en cas de surprise au niveau de l’inflation.

Au début 2022, nos attentes de rendement à long terme d’un portefeuille équilibré 50/50 étaient diminuées par des taux d’intérêt très bas, une capacité de protection minime du marché obligataire, ainsi qu’une évaluation des actions supérieure aux moyennes historiques. Depuis, la lutte contre l’inflation et la remontée des taux a permis, non seulement de rétablir le rendement courant du marché obligataire, mais aussi, et peut-être encore plus important, de restaurer la capacité de protection des obligations.

Taux d’intérêt

Les données économiques continuent de surpasser les attentes au Canada. La croissance du PIB réel s’est améliorée et l’inflation a été plus faible que prévu au début de 2024. Le marché du travail montre aussi des signes précurseurs de ralentissement. Si cette tendance se maintient jusqu’à la prochaine annonce sur les taux d’intérêt de la Banque du Canada, cela ne fera que renforcer notre prévision selon laquelle les baisses de taux débuteront en juin. La BdC devrait ensuite assouplir graduellement sa politique monétaire, puisque les renouvellements hypothécaires à des taux plus élevés continueront de restreindre le budget des ménages et de peser sur la consommation. Nos travaux ont montré que, si elle est mise en œuvre telle qu’énoncée, la récente décision du gouvernement fédéral de réduire le nombre d’admissions de résidents non permanents exercera une pression supplémentaire sur la baisse de la croissance du PIB réel et de l’inflation à moyen terme.

L’inflation encore trop élevée aux États‑Unis a incité de nombreux investisseurs à miser sur un scénario de baisses de taux plus modérées. De notre côté, nous avons réduit à deux le nombre de baisses prévues en 2024. Une première réduction est attendue à l’automne à condition que l’inflation diminue et que la croissance économique américaine se modère un peu. Les gains de productivité élevés aux États‑Unis devraient aussi aider à réduire l’inflation. Au Canada, l’inflation plus faible suggère que notre banque centrale dispose déjà d’une certaine marge de manœuvre pour amorcer ses baisses de taux. Il peut y avoir un certain écart entre les politiques monétaires américaine et canadienne, mais le dollar canadien en paie le prix. Il s’est déjà déprécié dans les dernières semaines, tout comme d’autres devises. Il est probable qu’il demeurera faible dans les prochains mois et pourrait atteindre momentanément le seuil de 1,40 $ CA/$ US.

Titres à revenu fixe | Pondération neutre

En conclusion, on se retrouve aujourd’hui dans un contexte où des scénarios bien divergents s’opposent. Si l’adoption hâtive d’une position trop prudente a grandement nui à la performance au cours des douze derniers mois, une certaine prudence semble aujourd’hui de mise. Si la persistance économique se poursuit, alors les bourses pourraient être un peu plus clémentes (quoique limitées par des évaluations déjà au-dessus des moyennes). À l’inverse, si l’économie devait ralentir davantage, alors les revenus et bénéfices des entreprises pourraient décevoir. Heureusement, la lutte contre l’inflation des dernières années a eu comme conséquence de rétablir non seulement le rendement courant des obligations, mais également leur capacité de protection advenant une cassure économique et/ou des marchés.

En somme, l’adoption d’une position prudente semble de mise bien que la conjoncture favorable puisse continuer de pousser les bourses vers de nouveaux sommets. Puis, face aux défis qui se dressent devant l’investisseur, il est impératif de rappeler l’importance de :

  1. bien comprendre la marge d’erreur. Méfiez-vous des analystes qui expriment des convictions inébranlables. Quand on fait des prévisions, l’important est de s’attendre aussi à ce qu’elles ne se réalisent pas;
  2. résister à l’attrait du pessimisme. Être pessimiste donne l’air intelligent, dit Morgan Housel dans La psychologie de l’argent. Le discours pessimiste est plus percutant et retient davantage l’attention. Il porte à croire que le pessimiste voit venir les coups, qu’il est prudent, qu’il agit en bon père de famille. Or en moyenne, à long terme, l’optimiste fait généralement plus d’argent. L’idée n’est pas d’être l’un ou l’autre, mais d’avoir un plan, de le faire vivre et de le suivre!

Et c’est dans des temps incertains que la valeur des conseils prend tout son sens!

Nous espérons que ces informations vous aideront à mieux comprendre les marchés et nous demeurons à votre entière disposition pour discuter plus longuement de nos stratégies d’investissement. Nous vous réitérons notre engagement à travailler toujours plus fort pour dénicher les bonnes occasions sur les marchés financiers, de manière à vous aider à réaliser vos objectifs à long terme.

Chacun des conseillers de Valeurs mobilières Desjardins (VMD) dont le nom est publié en page frontispice du présent document ou au début de toute rubrique de ce même document atteste par la présente que les recommandations et les opinions exprimées aux présentes reflètent avec exactitude les points de vue personnels des conseillers à l’égard de la société et des titres faisant l’objet du présent document ainsi que de toute autre société ou tout autre titre mentionné au sein du présent document dont le conseiller suit l’évolution. Il est possible que VMD ait déjà publié des opinions différentes ou même contraires à ce qui est ici exprimé. Ces opinions sont le reflet des différents points de vue, hypothèses et méthodes d’analyse des conseillers qui les ont rédigées. Avant de prendre une décision de placement fondée sur les recommandations fournies au présent document, il est conseillé au receveur du document d’évaluer dans quelle mesure celles-ci lui conviennent, au regard de sa situation financière personnelle ainsi que de ses objectifs et besoins de placement.

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