Lettre financière, Printemps 2021, 55e édition

Retour des Années folles

« Les prévisions pour l’économie mondiale se sont considérablement améliorées ces derniers mois, grâce au déploiement progressif de vaccins efficaces, à l’annonce de mesures de relance budgétaire supplémentaires dans certains pays et à l’apparition de signes indiquant que les économies réagissaient bien aux mesures de lutte contre la COVID-19 » (OCDE, mars 2021). Selon l’OCDE, les prévisions sur la fin de la crise se sont améliorées en raison des nouvelles encourageantes sur les avancées de la production et du déploiement des vaccins et d’une reprise mondiale plus rapide que prévu au deuxième semestre 2020. La reprise de l’activité pourrait être inégale selon les secteurs et les économies. Les attentes d’une reprise plus forte que prévu sont manifestes sur les marchés financiers et les marchés de produits de base. Notre scénario qui prévoit une conjoncture semblable à celle des Années folles en 2021, qui est basé sur l’hypothèse d’une reprise soutenue de l’économie mondiale, des politiques publiques stimulantes inconditionnelles et une consommation personnelle débridée semble vouloir se confirmer.

L’excès d’épargne accumulé par les ménages américains depuis le début de la pandémie, estimé à 1,7 billion de dollars à la fin 2020, pourrait atteindre les 2 billions de dollars après l’encaissement des chèques prévus dans le cadre du American Rescue Plan Act en avril. Une étincelle d’optimisme qui pourrait mettre le feu aux poudres aux dépenses de consommation.

 

Indices Niveau 3 mois 6 mois 1 an
S&P/TSX 18 700 8,06 % 17,75 % 44,25 %
S&P 500 ( $US) 3 972,89 6,17 % 19,06 % 56,33 %
MSCI Pays émergents ( $US) 1 316,43 2,21 % 22,56 % 58,85 %
MSCI Monde ( $US) 2 811,70 5,04 % 19,83 % 54,83 %
Taux de change  $CAN/ $US 0,80 $ 0,79 $ 0,75 $ 0,71 $
Rend. oblig. Canada 2 ans 0,23 % 0,30 % 0,25 % 0,43 %
Rend. oblig. Canada 10 ans 1,56 % 0,68 % 0,56 % 0,70 %
Pétrole ( $US) 59,16 $ 48,52 $ 40,22 $ -20,48 %
Or ( $US) 1 707,71 $ 1 898,36 $ 1 885,82 $ 1 577,18 $

À noter que le Mouvement Desjardins table sur une croissance du PIB mondial de 6 % en 2021.

Représentant deux tiers du PIB, les ménages sont une force qu’il ne faut pas sous-estimer. Imaginez maintenant les répercussions que pourraient avoir les entreprises si elles mettaient l’épaule à la roue en reconstituant leurs stocks et en investissant dans leur machinerie et leurs équipements! Notons que l’administration Biden planche sur un autre plan de relance qui pourrait avoisiner les 3 billions de dollars, dont environ le tiers servirait à rajeunir les infrastructures publiques.

Vous vous inquiétez de l’inflation? À très court terme, elle pourrait effectivement avoisiner les 4 %, tant aux États-Unis qu’au Canada, pour plusieurs raisons : choc déflationniste en mars, avril et mai 2020 suivant le calcul de l’inflation sur une base annuelle, hausse du prix de l’essence, faiblesse du dollar et dérangement de la chaîne d’approvisionnement (en raison de l’obstruction du Canal de Suez à la fin mars). Toutefois, selon la Réserve fédérale américaine (la Fed) et la Banque du Canada, cette hausse devrait être temporaire.

La Fed estime par ailleurs que l’inflation évoluera dans une fourchette de 2,2 % à 2,4 % en 2021, de 1,8 % à 2,1 % en 2022, de 2 % à 2,2 % en 2023 et de 2 % à long terme.

Conformément à ses prévisions, la Fed a réitéré que le taux directeur restera inchangé à 0,25 % d’ici la fin de 2023.

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE

ÉTATS-UNIS

Nous continuons à surpondérer les actions américaines sur le plan géographique, car d’une part, la reprise économique profitera de l’excédent d’épargne des ménages et des politiques de relance gouvernementales et d’autre part, la vaccination de masse aidera l’économie américaine à arriver en tête des marchés développés cette année.

Comme il offre une protection contre l’inflation et qu’il profite de l’amélioration des perspectives économiques, l’indice S&P 500 a été avantagé par les hausses passées des taux obligataires. Sur huit années où les bons du Trésor américain à 10 ans ont amorcé un cycle haussier, l’indice S&P 500 a terminé la séquence en territoire positif à 7 reprises.

CANADA

Comme son voisin du Sud, le Canada profitera aussi du soutien qu’assureront le gouvernement (le Canada arrive au deuxième rang après les États-Unis sur le plan des mesures de relance budgétaire en pourcentage du PIB depuis la pandémie), la banque centrale, l’appui des consommateurs (dont l’excédent d’épargne est estimé à quelque 17 milliards de dollars) et la campagne de vaccination. Le Mouvement Desjardins s’attend à une croissance économique de 6,3 % en 2021, du jamais vu depuis les années 70.

.Cela dit, le Canada est bien positionné pour profiter de la reprise de la demande nationale et internationale. Nous sommes d’avis qu’il faudra privilégier les secteurs suivants : les services financiers, l’industrie, les énergies alternatives, les métaux de base et la consommation discrétionnaire.

MARCHÉS ÉMERGENTS 

Les perspectives pour les pays émergents sont complexes. Si la situation sanitaire est plus inquiétante dans certains cas, il demeure que les plans de relance américains pourront les aider. Les États-Unis sont de nets importateurs. Ainsi, chaque fois qu’ils instaurent des mesures de relance et viennent en aide à leurs citoyens, des répercussions se font généralement ressentir sur les pays émergents.

Enfin, suivant une certaine appréciation du dollar américain au début de l’année, la plupart des sociétés de recherche (BCA Research, Credit Suisse, MRB Partners) s’attendent à une dépréciation du billet vert. Les importantes mesures de relance budgétaires imminentes, la détermination de la Fed à maintenir les taux à court terme à leur plus bas niveau possible, le plus longtemps possible et la forte probabilité que l’administration Biden n’augmente pas les impôts de façon marquée afin de payer pour ses investissements (propulsant du coup le déficit), sont autant de facteurs qui risquent de plomber la devise américaine. À noter que la baisse du dollar américain est souvent annonciatrice de rendements supérieurs du côté des pays émergents. Par conséquent, nous recommandons de les surpondérer.

TITRES À REVENU FIXE ET STRATÉGIES OBLIGATAIRES

Conformément à notre scénario qui prévoit une conjoncture semblable à celle des Années folles en 2021, les taux obligataires vont continuer à s’ajuster à la hausse. En fin d’année, nous prévoyons que les obligations du Canada évolueront dans une fourchette de 0,40 % à 0,50 % pour les émissions échéant dans 2 ans, de 1,00 % à 1,10 % pour les émissions échéant dans 5 ans et de 1,75 % à 1,85 % pour les émissions échéant dans 10 ans.

Nous misons sur une stratégie d’investissement prudente et une sous-pondération des obligations au sein du portefeuille. La gestion de la duration prendra tout son sens en 2021. Nous prônons une duration inférieure à celle de notre indice de référence. Ainsi, dans le cadre de notre stratégie obligataire, la duration de notre portefeuille obligataire est de 3,6 ans comparativement à 5,5 ans pour notre indice de référence.

Contrairement à 2020, les titres à revenu fixe nuiront aux portefeuilles diversifiés judicieusement et il faut s’attendre à des rendements négatifs sur un horizon de 12 à 18 mois. Il demeure que les obligations assurent toujours une certaine protection contre les mauvaises nouvelles économiques et boursières, car elles ont tendance à préserver leur valeur et à conserver leur liquidité lors des périodes d’adversité. Celles-ci peuvent également être utilisées à des fins de liquidité et être vendues à profit pour réinvestir le produit en découlant dans les actions lors des replis boursiers.

CONCLUSION

Investir a toujours comporté des risques. Cette fois-ci cependant, des risques inhabituels bien définis viennent freiner les ardeurs de surpondération des gestionnaires et incitent à se tourner vers les marchés des actions, sans pour autant prendre des risques de façon indue. Parmi les facteurs qui retiennent l’attention, mentionnons d’abord les risques liés à la COVID-19 et à ses variants, les enjeux posés par les campagnes de vaccination et, enfin, la remontée des taux d’intérêt ainsi que le potentiel inflationniste.

En fin de compte, nous continuons à faire preuve d’un optimisme prudent. Si un essor économique évoluant à la même cadence que celle des Années folles promet de dynamiser le nouveau cycle économique, les défis de la pandémie ainsi que la remontée des taux d’intérêt et des multiples d’évaluation (déjà élevés dans le cas des actions) nous incitent à nous montrer prudents.

Nous espérons que ces renseignements vous aideront à mieux comprendre les marchés et nous demeurons à votre entière disposition pour discuter plus longuement de nos stratégies d’investissement. Nous soulignons de nouveau notre engagement à travailler toujours plus fort pour dénicher les bonnes occasions qu’offrent les marchés financiers, de manière à vous aider à réaliser vos objectifs à long terme.

 

Chacun des conseillers de Valeurs mobilières Desjardins (VMD) dont le nom est publié en page frontispice du présent document ou au début de toute rubrique de ce même document atteste par la présente que les recommandations et les opinions exprimées aux présentes reflètent avec exactitude les points de vue personnels des conseillers à l’égard de la société et des titres faisant l’objet du présent document ainsi que de toute autre société ou tout autre titre mentionné au sein du présent document dont le conseiller suit l’évolution. Il est possible que VMD ait déjà publié des opinions différentes ou même contraires à ce qui est ici exprimé. Ces opinions sont le reflet des différents points de vue, hypothèses et méthodes d’analyse des conseillers qui les ont rédigées. Avant de prendre une décision de placement fondée sur les recommandations fournies au présent document, il est conseillé au receveur du document d’évaluer dans quelle mesure celles-ci lui conviennent, au regard de sa situation financière personnelle ainsi que de ses objectifs et besoins de placement.

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