Le Rapporteur – Quatrième trimestre de 2023

PRUDENCE : NOTRE MOT-CLÉ EN 2023

Alors que nous amorçons la nouvelle année, il est primordial de prendre un moment pour célébrer les succès de l’année qui vient de s’achever. Avez-vous atteint les objectifs que vous vous étiez fixés en 2023? Si votre réponse est non, ne vous découragez pas : il est courant de ne pas toujours y parvenir. Il est même reconnu que seule une minorité parvient à maintenir ses engagements à long terme. Cette réalité souligne la nécessité de repenser notre manière de fixer et de poursuivre nos objectifs.

Dans cet esprit, Jon Gordon, auteur et conférencier, recommande plutôt de se laisser inspirer tout au long de l’année par un seul mot1. Plutôt que de rédiger des listes exhaustives de résolutions, il suggère de choisir un mot particulier pour orienter notre année. Ce mot, sélectionné avec soin, deviendra un mantra efficace, focalisant nos efforts et définissant nos objectifs avec précision. M. Gordon affirme que cette simplicité est fondamentale pour limiter les distractions et renforcer l’engagement, la motivation et la réussite.

En appliquant ce principe à notre gestion de portefeuille, nous avons choisi « prudence » comme mot phare pour guider notre stratégie d’investissement dans le contexte actuel. Heureusement, cette approche prudente ne nous a pas empêchés de réaliser de belles performances en termes absolus pour nos principaux modèles de gestion en 2023.

SOMMAIRE DES RENDEMENTS — 2023

INDICES DE RÉFÉRENCE Rendement en $ CA
S&P 500 +23,24 %
S&P/TSX +11,83 %
MSCI Monde +21,47 %
NASDAQ Composite +41,25 %
Obligataire universel FTSE TMX Canada +6,69 %
INDICES DE RÉFÉRENCE Rendement en $ USD
Or +13,10 %
Pétrole -10,73 %

REVUE DE PERFORMANCE — QUATRIÈME TRIMESTRE DE 2023

TYPE DE PORTEFEUILLE GOB Indice de référence Valeur ajoutée
CROISSANCE +5,56 % +8,45 % -2,89 %
OBLIGATAIRE -+8,16 % +8,27 % -0,11 %
ACTIONS PRIVILÉGIÉES +6,54 % +7,28 % -0,73 %
ÉQUILIBRÉ FISCAL +7,09 % +8,14 % -1,05 %

REVUE DE PERFORMANCE — 2023

TYPE DE PORTEFEUILLE GOB Indice de référence Valeur ajoutée
CROISSANCE +11,56 % +16,61 % -5,06 %
OBLIGATAIRE +6,89 % +6,69 % +0,20 %
ACTIONS PRIVILÉGIÉES +8,79 % +5,91 % +2,88 %
ÉQUILIBRÉ FISCAL +10,30 % +11,48 % -1,19 %

En novembre dernier, Charlie Munger, partenaire de longue date de Warren Buffett et expert reconnu en investissement, nous a quittés. M. Munger laisse derrière lui un riche héritage de citations marquantes, dont une se distingue particulièrement par son appel à la prudence : « Éliminez rapidement l’univers des choses à ne pas faire, et agissez de façon décisive lorsque, et seulement lorsque, les circonstances appropriées sont réunies2. »

Cette maxime nous incite à évaluer soigneusement les conséquences avant de prendre des décisions et à écarter rapidement les choix d’investissement que nous considérons comme risqués. Elle nous encourage à concentrer notre attention et nos ressources sur un nombre limité d’occasions de placement qui méritent une analyse approfondie. L’essence de cette démarche repose sur l’intervention réfléchie, menée uniquement lorsque tous les éléments favorables à une prise de décision judicieuse sont réunis. Il s’agit donc non seulement d’éviter certaines actions, mais également de savoir discerner le moment propice pour agir, au lieu de se précipiter ou de succomber à l’impulsivité.

LE 4e TRIMESTRE EN 3 ÉTAPES

Explorons maintenant l’application du principe de prudence au cours des trois phases distinctes qu’ont traversées les marchés financiers durant le quatrième trimestre de 2023.

1. Environnement de taux d’intérêt élevés (octobre)

Le 20 septembre dernier, Jerome Powell, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), a signalé que les taux d’intérêt resteraient élevés plus longtemps que prévu. Cette décision, motivée par la robustesse de l’économie et prise dans le but de ramener l’inflation à 2 %, a marqué le début du trimestre. À la suite de cette déclaration, le taux d’intérêt à 10 ans s’est rapproché du seuil psychologique de 5 %, une première en plus de 15 ans.

Dans cette conjoncture, les actions des entreprises offrant des dividendes importants, mais vulnérables aux hausses de taux d’intérêt (par exemple, en raison d’un niveau d’endettement élevé, de besoins importants de financement ou d’investissements soutenus dans les infrastructures) ont été fortement touchées. Leur attrait, comparativement aux obligations, a diminué et les participants de marché ont commencé à envisager une possible réduction des dividendes.

Au début octobre, face à cette situation, tout en restant fidèles à notre approche prudente qui privilégie une prise de risque minutieusement évaluée et en accord avec notre « principe du 3 pour 13 », nous avons investi près de 4 % de notre liquidité dans l’acquisition d’actions de trois piliers de l’économie canadienne offertes à des prix très avantageux. Ces entreprises, sélectionnées pour leur solidité financière et leur capacité à maintenir leur politique de dividendes, sont BCE, TC Énergie et Telus4.

ACTION Prix d’achat
(A)
Prix plancher
(B)
Prix potentiel
(C)
Risque de perte
(D) =
(A) — (B)
Objectif de profit
(E) =
(C) — (A)
Calcul du
3 pour 1
(E) / (D)
Respect du principe
3 pour 1
BCE 50,14 $ 45,10 $ 73,90 $ 5,04 $ 23,76 $ 4,71 OUI
TC Énergie 45,48 $ 40,90 $ 107,80 $ 4,58 $ 62,32 $ 13,61 OUI
Telus 21,62 $ 19,40 $ 40,00 $ 2,22 $ 18,38 $ 8,27 OUI

2. Renversement à la baisse des taux d’intérêt (entre novembre et le 12 décembre)

La Fed est orientée par un double mandat qui vise à garantir la stabilité économique du pays. Les deux objectifs fondamentaux de ce mandat sont de maintenir la stabilité des prix et d’assurer le plein emploi. Le premier objectif implique de conserver un taux d’inflation bas et stable, favorisant ainsi un environnement économique prévisible tant pour les consommateurs que pour les entreprises. Le second a pour but de maximiser l’emploi, veillant à ce que la majorité des personnes souhaitant travailler et étant aptes à le faire puissent trouvent un emploi.

En adoptant une politique monétaire particulièrement restrictive, la Fed s’efforce de réduire l’inflation à un niveau normal tout en cherchant à limiter les conséquences négatives sur le marché de l’emploi, un défi qui s’est historiquement avéré complexe. À ce jour, cette stratégie audacieuse semble porter ses fruits. En effet, aux États-Unis, les augmentations successives du taux directeur ont contribué à ralentir l’inflation sans totalement freiner la croissance de l’emploi. Par exemple, après avoir atteint un pic de 9,2 % en juin 2022, le taux d’inflation est descendu à 3,1 % en novembre sur une base annuelle. En matière d’emploi, les 150 000 créés en octobre, contre les 170 000 attendus, indiquent un ralentissement de la dynamique du marché du travail.

En réaction, le taux d’intérêt à 10 ans a nettement chuté, s’établissant à 4,20 % le 12 décembre, la veille de l’annonce de la Fed concernant la trajectoire du taux directeur. Ce mouvement baissier est interprété comme l’anticipation d’un changement de discours de la part de la banque centrale américaine, signalant potentiellement la fin du resserrement de la politique monétaire. Par ailleurs, nous avons observé un phénomène similaire avec le taux d’intérêt à 10 ans canadien.

De notre côté, grâce à une posture prudente se caractérisant par une durée légèrement supérieure à celle de l’indice de référence dans le volet obligataire et par une pondération relativement élevée en obligations au sein du portefeuille Équilibré fiscal , nous avons su tirer profit de ce renversement de tendance favorable aux obligations .

3. Changement de ton de la Fed (entre le 13 décembre et la fin d’année)

Conformément aux attentes, la Fed a confirmé la fin du resserrement de sa politique monétaire et annoncé trois diminutions du taux directeur pour l’année 2024, une décision qui a été accueillie favorablement par les marchés financiers. D’une part, le taux d’intérêt à 10 ans américain a continué de baisser, atteignant 3,87 % en fin d’année. D’autre part, le S&P 500 a clôturé l’année près de son sommet historique, juste en dessous des 4800 points. Il est important de souligner que, tout comme le marché obligataire, les principaux indices boursiers avaient amorcé un redressement en prévision de cette annonce.

Malgré cette nouvelle encourageante, nous avons opté pour le maintien d’un niveau de liquidité avoisinant les 20 % dans notre portefeuille Croissance. Compte tenu du prix de clôture du S&P 500 au 29 décembre fixé à 4770 points, l’évaluation de cet indice apparaît élevée, se traduisant par un multiple de 19,5 fois le bénéfice attendu de 245 $ pour 2024. Ce bénéfice représente une augmentation de 11 % par rapport au bénéfice de 221 $ enregistré en 2023.

Une telle valorisation boursière serait justifiée dans un contexte économique optimiste, en particulier en l’absence de récession. Pour découvrir notre analyse sur cette perspective, nous vous invitons à attendre jusqu’au 23 janvier. Ce thème sera effectivement abordé en détail lors de notre conférence virtuelle de début d’année!

COMPARATIF DE RENDEMENT DE NOS DIFFÉRENTES CLASSES D’ACTIFS

1. Obligations

Notre portefeuille obligataire a obtenu un rendement légèrement supérieur à l’indice de référence. La baisse des taux en fin d’année a permis à notre stratégie d’allongement de la durée tout au long de l’année de rapporter ses fruits.

2. Actions privilégiées

En ce qui concerne les actions privilégiées, notre valeur ajoutée réside dans notre aptitude à sélectionner avec discernement nos émetteurs. À titre d’exemple, notre décision d’investir dans des titres bancaires a été particulièrement profitable, tout comme notre choix d’écarter des titres sous-performants tels que Brookfield Asset Management.

3. Croissance

Sur le plan du rendement relatif, l’écart observé dans notre portefeuille Croissance est principalement dû à notre allocation importante en liquidités ainsi qu’à notre surprise face au rebond inattendu et marquant des actions dans le secteur technologique américain.

4. Portefeuille équilibré fiscal

Concernant le portefeuille Équilibré fiscal, les ajustements effectués dans l’allocation d’actifs ont permis de contrebalancer le manque à gagner du volet Croissance, aboutissant ainsi à un écart négligeable de 1 % par rapport à l’indice de référence. Dans ces conditions, nous sommes très satisfaits de la performance relative vu notre stratégie prudente.

Notre Rapporteur sur nos perspectives 2024 vous sera envoyé dans les jours suivants notre conférence.

Sources :

Gagnon, J. (2016). Les enseignements de Charlie Munger, Les Affaires.

The Daily Coach (2024). The Power of One Single Word, The Daily Coach.

  1. Il est crucial de souligner que c’est le type de prêt immobilier le plus couramment rencontré.Return to footnote 1 referrer
  2. Business Wire (2023)Return to footnote 3 referrer
  3. Labby (2023)Return to footnote 5 referrer
  4. Ce concept est défini comme étant le temps nécessaire pour que le cumul des hausses de taux d’intérêt ait une incidence néfaste sur l’économie.Return to footnote 7 referrer
  5. Comme il existe un risque supplémentaire associé à la détention d’actions, l’investisseur exigera alors une compensation qui se traduira par un rendement accru. Cependant, actuellement, la prime de risque est à son niveau le plus bas des 20 dernières années, signalant ainsi un attrait moindre pour les actions comparativement aux obligations.Return to footnote 9 referrer

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